Le rôle du potassium dans la santé des insuffisants cardiaques et rénaux

par Antoine Guillot 18 mars, 2016

Le potassium est, comme le sodium, un élément minéral. On le trouve essentiellement dans les végétaux mais contrairement au sodium, rarement sous forme de chlorure, plutôt sous forme de bicarbonate, citrate ou phosphate.

Il constitue, avec le sodium, l’élément qui joue le rôle le plus important dans l’activité électrique des cellules (où il se trouve essentiellement) :
- il régule la condition nerveuse,
- il contrôle la contraction musculaire et participe notamment au fonctionnement du rythme cardiaque,
- il régule la teneur en eau de l’organisme.

Ceci en raison du fait que le potassium (symbole K) est impliqué dans les mêmes fonctions que le sodium (symbole Na) avec un rôle complémentaire. L’équilibre entre le potassium et le sodium est fondamental : lorsque l’un monte, l’autre descend.
Avoir trop de sodium (qui est déjà un problème en soi) s’accompagne forcément d’un taux insuffisant de potassium.
Or, un déficit en potassium induit de nombreux dérèglements, ainsi que nous allons l’expliquer.

Il existe une pompe sodium-potassium au niveau des membranes cellulaires qui joue un rôle déterminant dans le maintien du potentiel de repos des cellules nerveuses, musculaires et cardiaques.
Cette pompe permet d’échanger les ions sodium (Na+), issus du milieu intracellulaire, avec les ions potassium (K+), issus du milieu extracellulaire, dans un rapport précis de 3Na+ pour 2 K+.
Tous les êtres vivants (même les êtres unicellulaires) en ont une.
Elle est à l’origine de toute transformation énergétique : pour qu’une molécule de sucre ou de calcium pénètre dans chacune des cellules d’un organisme, elle a besoin d’un accompagnateur : un atome de sodium. Et cette pompe à sodium agit au niveau de toutes nos cellules (chacune d’entre elles constituant une « mini-usine » qui fonctionne indépendamment de toutes les autres).

A l’origine, notre alimentation était pauvre en sodium et riche en potassium, conformément aux besoins de notre organisme. Nous consommons aujourd’hui dix fois plus de sel et quatre fois moins de potassium que nos ancêtres et le ratio sodium-potassium s’en trouve déséquilibré.

Potassium et hypertension artérielle

Pour survivre, notre organisme a besoin de sel car il alimente, ainsi qu’on l’a brièvement vu ci-dessus, la pompe à sodium fournissant l’énergie de notre organisme mais une alimentation trop riche en sel favorise la rétention d’eau, la formation d’oedèmes et l’hypertension artérielle.
C’est la présence de potassium qui va permettre l’élimination du sodium une fois qu’il a fait son travail dans la cellule. Si cette dernière restait gonflée de sodium et d’eau, elle ne pourrait plus fonctionner.
L’augmentation des apports en potassium permet de faire fléchir la pression artérielle tant, semble-t-il, par l’aptitude du potassium à augmenter l’excrétion du sodium que par ses effets vaso-actifs (dilatateurs) sur les vaisseaux sanguins.

Pour une bonne régulation de la tension artérielle, il convient donc de faire chaque jour face au défi alimentaire suivant : pas d’excès de sodium et suffisamment de potassium.
Actuellement, l’OMS conseille de limiter l’apport en sel (au maximum à 5 grammes par jour) et d’augmenter celui en potassium (au minimum à 3,5 g par jour). Ces recommandations paraissent irréalistes compte-tenu de la vie moderne mais elles donnent une direction à suivre.

Attention cependant, cette règle ne s’applique pas forcément aux patients atteints de troubles rénaux, qui éliminent plus difficilement le potassium et chez qui un taux élevé de potassium pourrait induire des troubles du rythme cardiaque.

Potassium et insuffisance rénale

Les reins ont pour rôle d’éliminer tous les « déchets » qui se trouvent dans le sang. Lors d’une insuffisance rénale, le rein n’est progressivement plus capable d’éliminer correctement les protéines, le sel, le potassium et le phosphore.
Nous avons compris que le rôle du potassium était capital dans le fonctionnement de notre organisme mais la concentration de potassium dans le plasma sanguin (appelé kaliémie) se doit de rester dans une fourchette très précise : un taux normal de potassium dans le sang chez les adultes se situe entre 3,6 et 5,0 mmol/L.
Une accumulation de potassium dans le sang, appelée hyperkaliémie, provoquée par le défaut d’excrétion rénale du potassium, crée un risque important d’arythmies et de troubles conductifs pouvant aboutir (dans les cas les plus graves et en l’absence de traitement urgent) à un arrêt cardio-circulatoire.

Conclusion

Un déficit de potassium, appelée hypokaliémie, contribue à l’hypertonie des artérioles et leur hyperactivité aux hormones vaso-actives, ainsi qu’à la rétention sodée et à la déperdition calcique (une alimentation riche en potassium réduirait le risque d’accident vasculaire cérébral chez la femme ménopausée).
Il est à noter qu’un sujet sous diurétiques, laxatifs permanents ou certains autres médicaments moins courants, ou qu’un sujet anorexique ou boulimique, se trouve automatiquement en situation de carence en potassium.


D’une façon générale, l’organisme est plutôt mieux protégé contre l’hyperkaliémie (trop de potassium) que contre l’hypokaliémie (pas assez de potassium), à l’exception cependant du cas du sujet insuffisant rénal pour qui une trop grande quantité de potassium dans le sang constitue un risque mortel.




Antoine Guillot
Antoine Guillot

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